Vision

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Preambule

En 2010, un type très sympa et hyper doué nommé GregCervall nous a concocté sur les forums officiels un très beau fan art, "Maintenant ces crédits sont à moi". Alors qu’il démontrait tout son talent au travers d’un “Work In Progress”, Greg a glissé l’idée que quelqu'un exploite son personnage. Je me suis gentiment proposé et lui ai soumis mon envie d'écrire une nouvelle adaptée de son illustration. On a alors commencé à collaborer très tôt ensemble, lorsque le projet de Greg en était encore au stade de croquis. Son travail venant influencer le mien et vice versa, j'ai développé les personnages et brodé un scénario autour de la ravissante Twi'lek Lyn-Me Surool.

Greg a fini son travail il y a plus d’un an mais la nouvelle est restée dans les tréfonds d’un google doc, en attente d’être achevée. C’est chose faite et nous vous proposerons les semaines qui suivent de découvrir ces aventures en quatre chapitres. Sans plus attendre, voici la première partie : “vision”.

 

Partie I : vision

 

Holocron du Maître Jedi Neug Runwonder - Enregistrement 225

J'ai passé la plus grande partie de ma vie à chercher comment fusionner avec la Force. En vain. Mais un jour, grâce à mes recherches, quelqu'un y arrivera. J'en suis persuadé. Cette obsession m'a fait perdre pied. Je suis passé à côté de choses tellement merveilleuses. Cependant, dans mes vagabondages j'ai rencontré une personne qui m'a, plus que quiconque, fait progresser dans la compréhension de la Force. Les quelques moments passés avec elle et son équipage furent pour moi un enseignement au moins aussi important que celui de mon Maître.

Je vais vous raconter comment j'ai rencontré Lyn-Me Surool, la twi'lek qui m'a un jour sauvé la vie... Et l'âme.

Rien n'arrive jamais par hasard. C'est la plus belle leçon que m'a enseigné la vie. Mon maître disait toujours "le hasard, c'est la Force qui se promène incognito". Son sens de l'humour était légendaire et contrebalançait avec sa carrure imposante de Chagrien. On m'a souvent dit que ce trait de caractère avait déteint sur moi... Si je vous parle de la malice de Hos Careem, feu mon Maître, c'est que lui comme moi pensions que la Force avait un extraordinaire sens de l'humour. Il me racontait souvent l'histoire de ce Jedi maladroit et poisseux, Zayne Carrick, dont on disait qu'il en était la preuve vivante. Je me suis alors demandé quelle était la part de libre arbitre et la part de destinée dans la vie ? Lorsque j'étais Padawan, je pensais que la Force contrôlait tout. Maintenant je sais qu'elle offre une multitude de voies et qu'il nous appartient à nous et à nous seul de choisir laquelle emprunter. La Force m'a ouvert la voie pour rencontrer Lyn-Me. Cependant, notre rencontre aurait très bien pu tourner court. Une décision... Une seule aura suffit à tout changer. Laissez-moi vous expliquer comment cela s'est passé.

Je me trouvais dans une jungle de Taris. La nature avait peu à peu repris ses droits sur les ruines Républicaines. Cela faisait à peu près trois cent ans que Darth Malak avait pulvérisé la cité planétaire. Dorénavant, la République tentait de rebâtir ce "joyau" de la civilisation. L'Empire, quant à lui, faisait son possible pour enrayer l'effort de rénovation. Traité de paix ou pas. Moi, je me tenais aussi loin que possible des escarmouches et des chantiers. A l'autre bout des baraquements, je me cachais de ces querelles insensées. Pour moi, seule comptait la Force. Elle seule allait me mener sur le chemin de ses mystères. Je considérais à cette époque que la République et les Jedi faisaient fausse route. En ce qui me concerne, leur vision matérialiste du conflit contre les Sith me répugnait. Une paix fragile existait mais les Jedi comme les Sith préparaient déjà la guerre. De l’hypocrisie et du ridicule. D’un côté comme de l’autre. J'avais choisi depuis un moment de me retirer de ces intrigues pour chercher comment me lier et fusionner avec la Force. Pour cela je m'étais exilé et je méditais autant je le pouvais. Le Conseil ne l'entendait pas de cette oreille et me recherchait. C'est pourquoi je vagabondais la plupart du temps.

Peu après le Traité de Coruscant, j'ai hésité un moment à rejoindre Tython pour aider l'Ordre à se retrouver et se réhabiliter. Je venais d'apprendre que la belle Satele Shan avait pris les choses en main et redonné de l'espoir à l'Ordre en s'établissant sur Tython. Je l’ai connu gamine et bien qu’elle ait vieilli et acquis une grande maturité, son insouciance d'antan persistait. J'étais à deux doigts de me laisser gagner par cet optimisme juvénile. Mais je devais avant tout me trouver moi-même.

Cette étape était importante. Primordiale. Je ne pouvais avancer dans mes recherches sans connaître toute l'essence de mon corps et de mon esprit. Il me fallait sentir chaque Midi-chlorien en moi, chaque cellule. C'était sans compter la toxine. Cette substance qui vivait en moi depuis mon enfance. D’une certaine façon ce handicap a son importance dans ma rencontre avec Lyn-Me. Je me dois de vous en faire part.

Avant que je ne devienne Padawan, une idée folle m'avait traversé l'esprit. Je m'ennuyais dans cette enclave, sur Dantooine où on m'épiait du soir au matin et où on m'évaluait avec froideur. J'avais donc décidé de sortir en douce en quête d'aventure. Le moins que l'on puisse dire c'est que je l'ai trouvée ! Une bestiole, encore non identifiée aujourd'hui, m'a mordue, me laissant à la frontière de la mort. Maître Mahambar m'a retrouvé mais une toxine inconnue s'était répondue dans mon corps. Désormais seule une méditation régulière pouvait me sauver. Avant l'accident, mes Maîtres me pronostiquaient un avenir de duelliste. Loupé. Après l'accident ils ne me pronostiquaient plus que deux semaines à vivre. La dose était colossale et la substance était entrée en symbiose avec mon organisme. Le destin avait, semble-t-il, encore marqué un point contre le libre arbitre.

Cette fameuse toxine a pour principale caractéristique de provoquer des spasmes, des tremblements voir parfois des crises épileptiques. Ceux-ci s'avèrent être continus et s'intensifient au bout de quelques temps jusqu'à provoquer la rupture des nerfs et la déchirure des muscles. Une méditation régulière permet de diminuer, voir d'éclipser temporairement ces symptômes.

Le conseil local n'a rien trouvé de mieux que de m’assigner à Hos Careem. Tout le monde s’accordait à dire qu’il était un génie de la méditation curative. “Avec de la patience et de la volonté on arrive à tout”, me disait-il. C'est vrai. Avec sa technique je survécus deux semaines, puis deux mois, puis deux ans, puis... Puis, pendant un temps, ils se mirent à espérer une guérison complète. Guérir ne m'intéressait pas. Tout cela faisait désormais parti de moi. Je l'avais finalement accepté. Au bout du compte je méditais plus pour mes recherches que pour ma cure. Mais la concentration permanente pour contenir les spasmes me bridait et je dois avouer que cela m’a toujours frustré.

J’étais donc au fond de la jungle. Plongé dans une de ces méditations salvatrices, rien n'aurait pu me tirer de là. Un grognement au fond de la jungle. Une légère brise caressant mon visage vieillissant. Le bip de mon comlink. Tout cela je le percevais mais l'ignorais. Rien ne me perturberais. Rien, mis à part la Force.

A travers elle, j'entrevis un sol rocailleux familier. Un tentacule bleu. Un spatioport. Une cantina. Un Zabrak. Des cartes et des crédits. Un ciel nuageux. Des soldats républicains. J'ouvris les yeux. Ord Mantell. Je m'y arrêtais parfois pour prendre des nouvelles de la république. Je ne comprenais pas le reste des images mais j’ai au moins reconnu la planète. Il fallait que j'y aille. On n’ignore pas une vision de la Force.

Je me levai donc et vis le voyant rouge de l'holocom clignoter. Un message ? Je pressais le bouton. Une ravissante créature aux nattes brunes teintées de sel apparut. Le grand Maître. La gamine avait bien grandi mais pour moi elle resterait à jamais une gamine. Je soupirais car je connaissais déjà le contenu. Elle comme dix de mes compères m'avaient déjà fait le coup. Ils me priaient de revenir. Ils avaient tout tenté : m'apitoyer, me faire culpabiliser, me provoquer, me défier... Rien n'avait marché. Ils me prenaient tous pour un déserteur. Pendant que je rangeais le camp, j'écoutais son message sans regarder l'holo. J'avais raison. Elle me demandait d'accepter une mission et de venir les aider sur Tython. J'y étais allé une fois et ça m'avais suffit ! Je savais très bien ce qu'elle voulait faire de moi. Me parquer entre quatre mur et enseigner à des bleusailles. Très peu pour moi, j'ai mieux à faire. Satele m’énonça ensuite une nouvelle qui attira mon attention. Janarus, le chancelier suprême, venait encore de faire un coup d’éclat qui nécessitait l’intervention d’un vieux baroudeur comme moi. Janarus et moi avons eu des altercations quelques fois. Je ne le portais pas vraiment dans mon cœur mais je connaissais bien l’homme. Cela faisait de moi le Jedi parfait pour résoudre un conflit politique... Qu'importe. C'était pas mes oignons. Je me décidai à couper l'hologramme et à prendre le chemin de mon vaisseau. Ord Mantell m’attendait déjà depuis bien trop longtemps.


GregCervall